Saturday 19 January 2019
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24.02.1989 – Duran vs. Barkley

IL Y A 20 ANS, BARKLEY – DURAN

 

Sebastien Boniface, le 27 Février 2009

 

Il y a 20 ans, le 24 février 1989, au convention center d’Atlantic city, le roi WBC des Moyen, l’impressionnant et sanguinaire, Iran Barkley, tombeur de Thomas Hearns remet sa couronne en jeu devant une autre légende : “Manos Di Piedra”, le triple champion du monde Panaméen, Roberto Duran. Une excitante affiche à l’odeur de sang …

L’insatiable soif de guerre
duran1Février 1989, Il y a presque 38 ans que Roberto Duran a vu le jour (un 16 juin) dans les bidonvilles d’Al Chorillo à Panama City … Et presque 22 qu’il combat sur les rings du monde entier. Passé professionnel à 16 ans (en mars 1967), la phénoménale puissance de ses poings l’a transformé en légende. A 21 ans, le panaméen s’empare de son premier titre mondial (WBA des légers) au Madison Square Garden de N.Y. aux dépens de l’écossais, Ken Buchanan. Et durant les 6 ans et ½ suivants, son règne sans pitié vide cette catégorie de tous rivaux (12 défenses – 11 KO). Comme Monzon en poids Moyen, Duran se montre impitoyable. Leur point commun ? Leur enfance miséreuse ; genèse de leur rage de vaincre. Duran est un guerrier : sa bestiale agressivité, sa sauvagerie “sans limite” et son regard noir ne se résument qu’en ses mots : “Entre les cordes, j’y monte seulement pour détruire mon adversaire !»… Chez les Légers, “Manos di Piedra” (“Mains de pierre” ; qualificatif hérité lorsque adolescent, d’un simple coup de poing, il assomma une mule !) n’a connu qu’un seul revers (en 72 combats) face à Esteban De Jesus (aux points en 10 rounds, sans titre en jeu, en novembre 1972). Un rival qu’il punit de cet affront, lors de l’unification des Légers, en janvier 1976 (arrêt au 13e round). En Juin 1980, L’idole latine étend sa fable, en s’offrant un nouveau exploit : délester Ray “Sugar” Leonard de sa couronne WBC des Welters.

duran2Mais 5 mois plus tard à la Nouvelle Orléans le re-match est une toute autre histoire. Le pointage est légèrement favorable à L’Américain, lorsque au 8e round, Duran se retourne vers son coin et prononce sa rédition : «No mas !» (Jamais plus). Jamais une défaite ne fut aussi dure à surmonter psychologiquement. Impuissant face à la classe de son opposant, vexé de la punition technique reçue, le Demi-Dieu abandonna tel un lâche. Miné par ce cauchemar, 2 nouvelles défaites aux points devant Bénitez et Laing laissent planer de sombres interrogations sur la suite de sa carrière. Sa rédemption dure 30 mois car l’ “insatiable soif de guerre” qui le nourrit, réapparait au début de l’année 1983 : « Je suis à nouveau Duran !» … Des mots qu’il illustre lors d’un étourdissant affrontement face à Pipino Cuevas (arrêt 4e) avant de s’emparer d’une ceinture (WBA) dans une 3e catégorie de poids (celle des super-welters) le jour de ses 32 ans, en administrant une effroyable correction, à l’invaincu Davey Moore (arrêt 8e). Ce soir là, sa victime est sauvée d’extrême justesse, transformée en punching-ball vivant, détruit comme rarement un boxeur a pu l’être. De longues minutes, un effroyable murmure parcourt les travées du Garden : « Duran va le tuer !»

Déraison de trop ?
Intenable, prêt à toutes les folies, il ose alors défier Marvin Hagler, l’indétrônable souverain des Moyens. A l’issue d’une lutte de titans en 15 rounds, le pari lui échappe de peu (144-142, 146-145, 144-143). Proche de l’exploit (Duran menait aux points à la fin du 12) son jusqu’au boutisme le conduit à une nouvelle démesure ! Affronter en juin 1984, le puncheur de Détroit, Thomas Hearns, roi des Super-Welters. Fatale méprise. Tel un kamikaze, le Panaméen s’entête à avancer sur le “Tueur à gage” aux droites plongeantes meurtrières et à l’efficacité redoutable. L’insouciance tourne au massacre : Duran subit le premier KO de sa carrière (au 2e round). A 33 ans, cette punition annonce le générique de fin.

Il lui faut 18 mois pour digérer ce revers. Adepte des nuits de fête sans fin, il se consacre à son groupe de salsa et aux jeux (flambeur sans limite). Poursuivi pour dettes fiscales et de jeu (par l’hôtel Hilton de Panama), il annonce un come-back mais frôle le quintal. Pourtant sa rage fait encore des miracles. Il s’impose les plus grands supplices et les plus dures contraintes pour refaire la limite des Super-Welters (69,853 kgs). « Mon corps est élastique. Je peux revenir au poids sans problème. L’essentiel est que mes poings restent de pierre ».
duran3Mais ses sorties face à de seconds couteaux n’ont rien d’impressionnantes jusqu’en juin 1986, où il s’oppose à Robbie Sims, le demi-frère de Marvin Hagler. 10 rounds intenses. Duran est déclaré battu (aux points). Il semble bien que l’éclatante étoile qui avait brillé au firmament de la boxe, s’est définitivement éteinte.
Les échecs devant Hagler, Hearns puis Sims sonnent le glas de toutes espérances. Pourtant, Duran s’obstine et à 38 ans, ose une nouvelle folie : se mesurer au sanguinaire nouvel roi des Moyens, Iran Barkley, tombeur d’Hearns en 3 rounds. Si le public s’excite d’un tel choc de “tueurs”, une légitime inquiétude naît de cette énième déraison du Panaméen. Car si le renom des mains de pierre rime avec l’adjectif “terrifiant”, que dire des crochets “tranchants tels des lames de rasoirs” du colosse Américian, “The Blade” (la lame) ?

La Pierre contre le Fer…
duran4Né en mai 1960 dans le ghetto noir du South Bronx, Barkley semblait promis à une seule destiné : la délinquance. Mais pour éviter qu’il ne s’enlise dans les gangs qui dépouillent les gosses de toute innocence, sa grande sœur l’amène quotidiennement à la salle du Knights Community Center. L’adolescent analphabète, au physique de brute vide rapidement la salle de volontaires en sparring. Finaliste des Golden Gloves new-yorkais en 1981, il décroche l’année suivante la médaille de bronze au mondial de Munich. Mais père, décide de passer professionnel sans attendre les prochains Jeux Olympiques de Los Angeles. Ses débuts ne sont pas à la hauteur des espérances à tel point que battu à 3 reprises lors de ses 12 premières sorties, Bob Arum rompt son avantageux contrat. Revanchard, “The Blade” enchaîne durant les 2 années suivantes, 13 succès (notamment sur Scypion, Amparo et Kitchen). Les portes d’une chance mondiale s’ouvrent à lui. Un moment pressentit pour affronter Hagler, la retraite de ce dernier le conduit à disputer en octobre 1987 son premier titre (WBA des moyens) en Italie. Déclaré battu aux points par “le professeur” Sumbu Kalambay, sa vie bascule à 28 ans : en juin 1988, lorsqu’il détruit le “Hitman” Thomas Hearns.

duran5Une forte odeur de sang se dégage de l’affrontement entre ces deux monstres. Et même, si lors de la conférence de presse, Duran proclame sa foie qu’il va rentrer dans l’histoire : être le premier poids Légers sacré chez les Moyens. Malgré l’expérience plus grande de Duran (92e combat contre 30e pour Barkley), les écarts en âge (9 années), de taille (15 cm – 1m85 / 1m70) et d’envegure (20cm – 1m88/1m68 ) font pencher les pronostics en faveur du noir Américain.

Mémorable bataille !
Comment Duran pourra t’il résister aux crochets qui ont mis KO en 3 rounds, celui qui l’a punit en 2 ? La mission semble impossible. Et elle parait suréaliste, une fois, les 2 opposants torses nus sur le ring. L’opposition morphologique touche à son paroxysme lors du face à face. Duran, au physique de welter engrossi, lève la tête pour fixer la montagne Barkley (au corps cultural d’un presque poids Mi-lourd).
Mais Qu’importe et au coup de gong initial, Duran n’a de leçon de prendre de personnes. Ils entrent en collision. Duran sait qu’il n’a pas 40 solutions : moins grand et volumineux, sa pierre doit passer sous la garde. Sur 2 droites, le panaméen sent qu’il peut mettre KO le champion. Les 3 premiers rounds sont féroces. Stupéfait, le public assiste à un “mano à mano” d’enfer. Duran impose sa boxe et touche de près. Et Barkley accepte le défi. Face à Face, les 2 rivaux ne veulent pas reculer et se décochent des coups sous les angles.
Au 5e, touché de crochets surpuissants, Duran s’accroche. Mais au 6e c’est au tour de Barkley d’encaisser à la face. A fil des minutes, le combat atteint un niveau exceptionnel de virilité.
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Au 8e, un terrible crochet gauche en contre fait partir la tête du challengeur en arrière. Celui-ci vacille, mais véritable force de la nature, encaisse et sourit… Combien de boxeur aurait pu digérer cette bombe ? L’orage est vertigineux et un petit sourire de Duran tente de décontenancer Barkley… Une nouvelle droite (avec transfert de tout son poids) fait mouche. Barklely ne bronche pas et réplique de crochets droits et gauches. Le “Convention Center” s’enflamme. Les 2 gladiateurs ne se posent aucune question. Comment un type, proche de la quarantaine, peut soutenir ce niveau d’intensité et de rythme ? Les capacités d’encaisseur de Duran donne le vertige. Iran Barkley se jette sur sa proie pour en finir, mais celle-ci fait preuve d’une grande intelligence : se protége, reprend ses esprits, puis contre. A la fin du 10e, l’Américain rentre les bras levés dans son coin, mais Roberto Duran est toujours là !

Inconstestablement, le champion possède un avantage de 2 points à l’appel du 11e round. Les fans panaméens d’El Macho scadent à pleine voix : “Duran, Duran, Duran !”… Sur cette mélodie sacadée, les deux hommes se livrent comme des chiffonniers, ne cherchent même plus à esquiver. Barkley a tort : il devrait se méfier des poings de pierre ! Et soudain, une droite puis un crochet, une droite encore, puis une 3e droite terrifiante. Barley est au tapis ! La légendaire pierre vient de frapper ! Quel diable Duran, capable de démolir n’importe qui avec ses poings ! Dominé, émousé, il a réussit à puisser dans ses ressources pour asséner quatre coups d’une rare violence ! Le champion est compté 8 ! Coup de gong… Perdu, Barkley fait le tour du ring avant de trouver son tabouret ! Peut t’il récupérer de ces terribles missiles ? Denier round : la situation s’est inversée. Duran tient sans doute l’avantage aux points. Barkley doit placer un knock-down pour l’emporter. Très expérimenté, Duran qui a affronté les meilleurs dans le monde, gère parfaitement ces derniers échanges. Marqué à l’œil gauche, Barkley ne trouve pas la solution. C’est fini ! Duran dans une possition machiste (bras, le long du corps), prêt à en re-découdre, fixe son rival, les yeux en braise ; n’accepte pas que celui-ci lève les bras en forme de victoire.

Eternelle Légende !
duran7 Persuadé d’avoir gagner, le panaméen fait la mou à l’annonce d’une décision “split” (partagée). Pour le premier juge, l’américain Dave Brown : 116-113 pour Barkley. Pour Giuseppe Ferrari 118-112 pour Duran. Pour le dernier et décisif, Tom Kaczmarek, 116- 112 pour le … Nouveau Champion du Monde des poids Moyen : Roberto Duran. Porté en triomphe, “Manos Di Piedra” exhulte ! En une nuit magique de février 1989, il démontre à tous ses détracteurs, que sa légende reste vivante. Premier poids Légers de l’histoire à conquérir le titre des Moyens (Exploit qu’Henry Arsmtrong avait échoué), il s’ofre un 4e titre dans une catégorie de poids différente et supplante ainsi les légendaires Fitzsimmons, Armstrong, Ross, Canzoneri, Benitez, Arguello, Gomez ou Fenech (tous triple tenant)… et se rapproche de ses intimes rivaux Sugar Leonard et Thonas Hearns (détenteur dans 5 catégories de poids). Au terme de ces 12 rounds sauvages, Duran prouve qu’il est et sera pour toujours “Le champion aux mains de pierre et à la volonté de fer” …

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