Tuesday 26 March 2019
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Le Combat “H” moins 2 heures!

COMBAT H – 2 !…
(EXEMPLE DE PREPARATION PHYSIQUE ET MENTALE)

 

 

L’arrivée par l’entrée des artistes… H – 2h
h2Descente de voiture. Entrée dans le hall du palais des sports. Vous avez le choix: ou bien vous passez par la case prise de température de la salle et du ring, ou choisissez plutôt les couloirs chauds et feutrés des vestiaires. Il vous reste deux heures avant le match, celui de votre vie, celui à ne pas rater.
Sur la porte, après avoir enjambé les fils des caméras télé qui jonchent le couloir, vous repérez immédiatement votre nom le papier, là dans le fond, sur la droite. Vous entrez. C’est petit, mais heureusement il y a des toilettes privées. On ne vous verra pas faire les aller retour lorsque la pression montera…

Une chaussette, la gauche, toujours … puis l’autre … H – 1h45
Sur la table, vous posez votre sac et vous commencez à vous habiller. C’est le rituel, tout comme Zidane!… Ce rituel fait partie intégrante de la concentration. Vous entrez peu à peu dans le personnage, dans le costume, celui de ce que vous allez être sur le ring. Derrière vous, l’entraîneur dispose les palettes et les gants d’entraînement, puis sort vérifier les ordres de passages, et le palmarès des boxeurs qui vous précèdent, afin d’estimer les possibilités de mise hors combat, qui pourraient accélérer l’heure de la rencontre. Par chance, on vous confirme que vous allez être en direct télévisuel à vingt heures trente, quelque soient les issues des combats précédents. Cela vous rassure dans la gestion de la durée de l’échauffement.
Mais c’est aussi un élément de pression de plus à gérer. On vous attend! Et cela ne va pas être facile puisque vous avez accepté, malgré le titre, de venir dans l’antre de votre adversaire. Une fois de plus.

Le temps du bandage… H – 1h30
h3Le soigneur ouvre sa mallette et range les éléments fondamentaux: le fer, la vessie de glace, les tiges, la vaseline, les serviettes, le matériel de soins, … Dans le fond, une glace. Parfait. Fondamental pour le feedback dans le travail postural et le shadow. Vous tirez deux chaises, une pour vous et une pour l’entraîneur. Trois peut-être si vous préférez poser votre bras sur un dossier. C’est l’heure des bandages. Lentement et avec attention, vous vous prêtez au travail de l’entraîneur. Étonnament, vous restez très concentré sur vos mains, essentiellement pour bien renseigner l’entraîneur sur le passage des bandes et le niveau de serrage. On n’entend que le bruit des rubans adhésifs qui sont déchirés afin de peaufiner le travail de protection des métacarpes. Après des minutes sérieuses, c’est fait. Vous frappez dans les paumes pour bien placer les tissus et les scotchs. En insistant sur la tête des métacarpes de l’index et du majeur, puisque c’est à partir d’eux que vous allez transmettre votre force de frappe. Dans quelques instants, un marquage indélébile sera effectué dessus par un officiel, afin de valider le fait que celui-ci est conforme et autorisé. Dès lors, plus aucune modification ne sera admise dans le positionnement ou le matériel utilisé.

Montée en température… H – 1h15
h4Il est temps de se mettre en mouvement. Lentement. Du global au particulier. L’objectif est de faire monter la température interne du corps très progressivement. Pour cela, il est important d’effectuer des légers déplacements d’appuis et des mouvement souples de coordination et de décontraction du buste (du type shadow version black, très swingué). La chaleur va rendre le sang plus fluide, et va augmenter la vasodilatation (le diamètre des vaisseaux sanguins augmente afin de laisser passer plus de sang qui transporte l’oxygène). En fait, tout va aller dans le sens d’une plus rapide diffusion d’oxygène vers les tissus et les organes vitaux, à la fois en quantité et en qualité. C’est le but de l’échauffement! Les muscles plus chauds, deviennent plus souples et plus élastiques. Certains boxeurs profitent de cet instant pour réaliser quelques mouvements de musculation afin de tonifier une partie du corps en particulier. Souvent il s’agit des mollets à la corde, des abdominaux en crunch, ou des triceps en repoussant le mur. Pendant ce temps, l’entraîneur vérifie le poids des gants du combat et leur structure. Voilà même qu’il humidifie les lacets afin de les rendre moins glissants pour les passants.

Relâchement, concentration …H – 1h
h5Vous prenez vos marques dans le vestiaire. On repousse table et chaises vers les murs. Le staff vous laisse tout l’espace que vous occupez en déplacement et en simulation de combat. Le souffle des impacts simulés dans le vide et le glissement des chaussures sur le sol sont alors les seuls bruits qui remplissent la petite salle. Vous imaginez votre adversaire, et vous mettez en place la base tactique qui a été pensée au chaud dans les salons en regardant les vidéos de ses derniers combats. Cela n’a pas été facile et certaines bandes ont même été glanées auprès de passionnés étrangers. Question de carnet d’adresse et d’amis! Pendant ce temps, autour, on parle à voix basse pour vous laisser à votre travail.
Il fait de plus en plus chaud. Il faut parfois ouvrir la porte au risque de se sentir déconcentré par les observateurs du couloir. Intelligemment, l’entraîneur a prévu une très grande serviette afin de pouvoir essuyer le sol qui se couvre d’humidité à cause de la condensation. Classique et bien vu, car les appuis commencent à devenir difficiles à sentir sur le carrelage plus en plus glissant. Il n’y a pas de fenêtre, et la chaleur fait transpirer plus qu’il ne faut. Il s’agit de rester bien hydraté.
Vous devez boire par petites gorgées fractionnées de 150 ml de l’eau avec du sucre jusqu’à 30mn du combat, ou là, vous pourrez boire plutôt du fructose dans l’eau afin de ne pas subir une hypoglycémie réflexe liée au glucose. Surtout boire avant d’avoir la sensation de soif. La bombe d’eau condensée laissée au froid permet, en brumisateur, de refroidir la surface de votre peau et de participer à votre récupération.

Mise en train: l’entrée dans l’activité boxe réellement…
H-1h

h6C’est le moment de passer coquille protectrice et short. Après un repos durant lequel vous échangez des anecdotes sympathiques afin de ne pas faire monter trop tôt la pression, vous passez les gants du combat en tentant de les ajuster au mieux. Le laçage est doublé sur le dos de la main afin de bien gainer les poings. Quelques frappes aux palettes vous permettent de bien ressentir le placement du pouce dans le gant et la tonicité du bourrage. L’entraîneur vous propose un travail de séries courtes de rappel en coordination.
Ça claque dans la salle! Ce sont des gestes que vous connaissez par cœur, ce sont vos points forts. Pour le coach, ce n’est plus le temps de critiquer votre technique, mais seulement de réactiver des éléments importants et récurrents. Il faut se rappeler de désaxer après les frappes, de rentrer la tête, de souffler sur les coups, de protéger les flancs, de finir en pas de côté, de pivot,… bref, ce qui convient le mieux à ce que le staff connaît de votre adversaire. La montée de température liée à l’entraînement aux palettes, a permis de mieux « vasculariser » les surfaces articulaires (cartilages), en les rendant plus épaisses et mieux lubrifiées. C’est très important pour les épaules, les coudes et les poignets qui vont encaisser les réactions en retour des impacts. Il faut également tonifier les zones particulièrement exposées et mal protégées. Un chewing gum pour l’articulation de la mâchoire, et des contractions statiques du cou (côté et face) à partir d’un appui sur les tempes, sur le front, et sur le menton. On vous propose même une touche de pommade mentholée dans le nez, que vous refusez. Pas besoin, vous respirez super bien en ce moment!

Montée en difficulté… H – 30mn
h7 C’est le moment de mieux stimuler le système cardio-vasculaire. Les séries aux palettes vont être moins espacées. L’objectif est maintenant de se rapprocher de l’effort de celui que vous allez vivre sur le ring dans la demi heure qui suit. Votre fréquence cardiaque monte au delà des 160-170 dans les séries les plus difficiles.
Par contre, les repos entre les sessions dures sont assez longs afin de ne pas accumuler inutilement de l’acide lactique. Entre ces sessions, il est important de rester actif mais très décontracté, ainsi, le sang va circuler plus vite et drainer l’acide lactique vers les territoires musculaires au repos (les jambes, les fessiers, le dos…).
Lorsque la FC revient à une activité relative de repos (110-120), une nouvelle session reprend. Ainsi, il vous faut prévoir qu’il faudra symboliquement réaliser un quart des efforts qui seront réalisés sur le ring, en terme de temps. Dont un cinquième à intensité identique à celle qui sera nécessaire sur le ring. Avant la session, vous montez en puissance et après on récupère.
C’est un effort fondamental, primordial afin de ne pas avoir un temps trop long d’adaptation cardiovasculaire lors du combat. La complexité toute relative des enchaînements permet de réveiller votre réactivité; votre vision s’élargit et le champ de votre vision périphérique augmente. Cela vous permettra ainsi de mieux anticiper sur les coups larges. Votre temps de réaction diminue sur les stimulations de réactivité. L’apport en glucose et fructose est important afin de ne pas puiser dans les réserves hépatiques (du foie) dès le premier tiers du combat, vous avez d’ailleurs prévu deux bouteilles distinctes. Les étirements sont courts et profonds, durant dix à quinze secondes par station (mollet, ischios, quadri et spoas, spinaux, pectoraux, grand dorsal essentiellement).
Le corps est enfin prêt à affronter l’enjeu le plus pesant que vous allez subir dans votre vie de sportif.

h8Finitions… H – 10mn
C’est bientôt l’heure. La table est entièrement dévolue au matériel du soigneur, les palettes sont rangées. La bassine, les bouteilles, les serviettes sont prêtes. La ceinture brille dans l’ombre: il va falloir la garder, car le challenger est solide…
L’entraîneur enduit les parties saillantes de votre visage de vaseline, parfois tout le visage, et même les lèvres. Le staff s’inquiète de savoir qui va garder la clé des vestiaires, et range avec soin les sacs.

h9La télé se prépare dans le couloir, et vous entendez les derniers échanges des boxeurs qui vous précèdent sur le ring dans les clameurs de la foule. La tension monte d’un cran. Vous enfilez le peignoir, le staff se rapproche de vous, comme pour vous isoler et vous laisser dans votre bulle. Vous reprenez les déplacements sur place, très relâchés, du type de ceux du début de votre préparation il y a deux heures. Votre sourire devient carnassier… la faute du protège dents sans doute.

C’est l’heure… H – 0!…
h10Les journalistes sont là, la télé déclenche le direct. Les épaules devant. Les amis autour. Puis le couloir. Attendre dans l’ entrebâillement. Le bruit devient assourdissant, et là-bas, le speaker s’époumone déjà. Ça y est, vous êtes dans le chaudron et vous fendez la foule en gardant le regard haut et loin. Vous vous entendez en train de vous parlez, et les cris et sifflets s’éteignent peu à peu. C’est votre voix que percevez. C’est le moment de ne pas perdre les pédales. Rappelez-vous pourquoi vous êtes là, ce que vous êtes venu chercher et le prix en sueur que vous avez payé pour être ici. Mettez la peur et le doute de côté, ils sont désormais inutiles et dangereux. Respirez avec le ventre très profondément afin de stimuler, s’il en reste, des capillaires inactifs (!)…

Lorsque vous passez les cordes, ne croisez pas obligatoirement le regard de l’autre et confortez vous dans le sentiment que vous êtes capable de gagner, et que vous allez mettre tout en œuvre pour réussir. Rappelez vous que la motivation est importante mais qu’elle ne doit pas être trop aiguë, car elle peut être aussi néfaste à la performance, en vous mettant « dans la boîte » affectivement, vous empêchant d’être à l’écoute et disponible pendant le combat.

h11Dans le coin, vous avez briefé tout le monde. Personne ne doit parler en même temps. On vous laisse toujours 15 secondes de récupération pendant la minute de repos, en silence complet, afin de constater les blessures éventuelles. Puis c’est l’entraîneur qui parle. D’abord tactiquement, puis techniquement s’il le faut. Pas d’affolement, Jamais et à aucun moment. Dernier réglage sur le passage du siège entre les cordes.

De toutes les manières, vous avez le temps des hymnes pour vous recentrer… respirez avec le ventre en insistant sur l’expiration, vous bénéficierez de la sédation de l’activité gamma, et cela vous relâchera musculairement.
Gardez confiance en vos possibilités et ne vous laissez pas envahir par les affects inutiles.
Mais ça, vous savez déjà faire.
Vous tendez votre gant à l’autre.
Vous rentrez la tête.
Vous montez les mains.
C’est parti!…

Merci particulier à Sylvio Branco. Images de sa préparation lors du championnat du monde WBA contre Fabrice Tiozzo
(Lyon Mars 2004).

par Franck Martini, le 20 Avril 2004

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